• Depuis l’arrivée des anti depresseurs serotoninergiques, le matraquage presque indécent des promoteurs de cette classe de médicaments, et des enseignants aussi “perroquet” que pompeux, n’a eu cesse de me faire réflechir sur la pertinence des messages qui ont été véhiculés:

     

    -”la sérotonine, hormone( ou neurotransmetteur )du bonheur, du bien être “

    -”depression = déséquilibre chimique neuronale : carence en sérotonine dans le système nerveux”

     

    Rien que ça doit nous éveiller, nous sortir de la torpeur ou de la confiance aveugle qu’anciens étudiants, nous avions vis à vis de nos Professeurs d’Université, et qu’aujourd’hui, toujours étudiants-et même plus que jamais!-nous leur attribuons encore, parfois à raison et d’autres fois…..à tort !

     

    Alors je vais revenir sur ce neurotransmetteur, sur le fonctionnement du corps humain, sur les conclusions légitimes qu’on peut avancer, et sur les questions qu’on doit se poser.

     

    La sérotonine, je l’ai connue il y a plus de 20 ans en arrière, non pas lorsque j’étais sous le coup du matraquage promotionnel -pardon, je voulais dire sous le coup des “modules universitaires” de psychiatrie-en tant qu’externe, puis livré à des patrons Psychiatres, en tant qu’interne, qui auraient pû (?) ou dû (?) m’en parler avec plus de sérieux. Notez que je ne parle pas de connaissance, mais de sérieux. Etre sérieux représente un état dans lequel, très honnêtement , on expose ses connaissances ET dans lequel on reconnait ses ignorances sur tel ou tel sujet.

    En l’occurence ici, la sérotonine.

     

    Donc, la sérotonine, je la découvre à ce moment là, 20 ans en arrière, mais pas dans le domaine de la psychiatrie, même pas dans le domaine de la neurologie, mais en histo cyto embryologie , et même plus exactement en cytologie hématopoiëtique: le sang, au sens large: les cellules sanguines, qu’elle soient dans les vaisseaux ou dans le tissus conjonctif.

    Je vais la re-découvrir environ trois ans plus tard, pendant un cours d’hématologie.

    Entre les 3 années: silence.

    Il faut dire qu’il y a toute l’anatomie, la physiologie, la chimie organique, la biophysique, etc…..qui prennent une place importante du cursus.

     

    Bilan de ces premiers contacts avec la sérotonine: peu de choses: mais non moins importantes:

    -primo, elle est un puissant vasoconstricteur: comprenez: elle resserre les vaisseaux sanguins très fortement.

    -deuxio: on la trouve -je devrais dire “on la trouvait à ce moment là”, essentiellement dans certaines cellules de la lignée blanche du sang et dans le système nerveux.

     

    3 années passent encore.

    Les services de psychiatrie utilisent volontiers les anti depresseurs “tricycliques” (j’y reviendrai) et la sismothérapie pour soigner les mélancolies.

    La depression -celle que vous connaissez tous et dont on vous habille au moindre vague à l’âme- pointe doucement le bout de son nez.

    Doucement, mais sûrement;

    Le DSM (ce grand et beau livre...) qui psychiatrise lui aussi, doucement mais sûrement toute la population, conditionne les prescripteurs vers la sacro sainte “solution chimique”……..

    Et alors, là, le raz de marée: je termine alors mes études de second cyle en apprenant que la depression, c’est une carence en sérotonine dans le cerveau et dans les nerfs. Rien de moins.

    Allez hop, circulez, ya rien à voir!

    Etes vous Triste ? Hop, un cp de Prozac et tout ira mieux.

    La déferlante peut commencer.

    Tout le monde- y compris nous, les “scientifiques” soit disants- acceptons le plus niaisement possible, l’inacceptable.

    Plusieurs années vont passer encore, et on découvre que la sérotonine , comme d’autres neuromédiateurs, sont présents aussi…...dans les intestins.

    Les naturopathes y voient là une reconnaissance d’un de leur leitmotiv-et pas des moindres-qui prône la santé des intestins avant tout le reste. Reste, dont la depression, qui, forcément, suivra……

     

    Alors revenons à nos moutons en général, et à la sérotonine en particulier:

    -elle est présente dans le sang, dans les intestins et dans le système nerveux. Comme 99% des autres substances biochimiques du corps. Un scoop….

    -elle est vasoconstrictrice. Mais ça, c’est déjà de l’histoire ancienne. On vient de vous dire qu’elle est l’hormone du bonheur ! La vasoconstriction, on laisse ça à l’adrénaline ou à la cocaîne ou à la xylocaîne…...

    -elle se concentre dans certaines parties du cerveau et du système nerveux et pas d’autres, comme 99% des autres molécules chimiques-nerurotransmetteurs et neurohormones.

    Là par contre, ça fait moins rigoler.

    On commence à repérer des réseaux neuronaux, dont le métabolisme, en partie au moins, est sous la responsabilité de molécules chimiques déterminées, mais triple cerise sur le gâteau, non seulement il existe des variations intra-personnelle au cours de la vie, non seulement il existe des variations interpersonnelles dans la population mondiale, mais il existe aussi une plasticité neuronale (comprenez que les réseaux de neurones se ré-organisent au cours de la vie) dont la responsabilité incombe (ou “décombe” comme diraient si bien les inconnus) aux neurotransmetteurs.

     

    -sur le plan neurobiochimique:)

    Les études pharmacologiques plus récentes contredisent les couleuvres qu’on nous avait fait manger pendant nos études (à savoir, l’effet anti -depresseur est en lien avec l’augmentation du taux de sérotonine dans la fente synaptique. Rien n’est moins vrai). En effet, rien n’est moins certain, et les spéculations actuelles se portent sur l’effet potentialisant (par l’augmentation du taux de sérotonine synaptique) des recepteurs post synaptiques à la sérotonine, mais, et tenez vous bien, certains recepteurs en état d’hyperactivité auraient un effet anti depresseur (et encore on n’en est pas sûr!) et d’autres auraient un effet inverse! (voilà qui expliquerait facilement pourquoi les débuts de traitement majorent le risque de suicide chez ceux, qui,pour des raisons génétiques (ou autres?) seraient mieux pourvu de certains recepteurs que d’autres…) . Mais si seulement tout ceci n’était pas au conditionnel, on pourrait avancer. Hors tout cela n’est que spéculation.(David & Gardier, 2016)⁠

    Mais certaines études sont moins spéculatives et permettent de tirer des conclusions factuelles: elle est impliquée dans la genèse de la peur et de l’anxiété(Marcinkiewcz et al., 2016)

    La Fluoxétine (un anti dépresseur “sérotoninergique”) bloque le système gaba-glutamate neuronal. (Lazarevic, Mantas, Flais, & Svenningsson, 2019)

    Il est important ici de préçiser que le couple “glutamate-gaba” est un peu l’équivalent chimique du couple “détente-tétanie” sur le plan clinique.⁠⁠

    Nous voici donc face à une molécule chimique aux propriétés complètement hasardeuses(voire fallacieuses)sur le plan du moral, mais qui, très clairement, induit anxiété et peur, et dont le blocage chimique induirait  le blocage d’une voie neuronale de détente du système nerveux. Ceci pouvant expliquer cela, c'est une des raisons, et non des moindres, de ne jamais arrêter un traitement antidepresseur sans avis ni suivi médical sérieux!!

     

    le fonctionnement du corps humain

    je ne vais pas détailler tous les métabolismes du corps humain (ou animal), mais tenter une synthèse sur les mécanismes neurologiques qui soutiennent….la survie. Puis j’évoquerai un peu (on en sait encore peu finalement!) les structures et les réseaux nerveux responsables des émotions (peur, tristesse, joie), de la mémoire, des obsessions, de l’intellect, de l’intuition, de la volonté et de la personnalité.

    Pour la survie, c’est une seule région (mais intriquée et en interrelation avec tout le reste!) qui est à l’origine des fonctions les plus instinctives qui soient: manger, boire, dormir, se reproduire, se protéger et protéger la pro-géniture en luttant ou fuyant.

    Tout ça dans une structure cérébrale très centrale: l’hypothalamus.

    L’histoire de la pharmaco-neuropsycho-chimie Française est fortement en lien avec cette région particulière du cerveau (Laborit, Halpern, Bovet et Charpentier, 1935 à 1950. (Even, Debré, & Hugnet, 2018)⁠), et il n’est pas improbable que cette même histoire démarre encore plus tôt dans l’histoire du monde de manière moins scientifique et encore moins pour de nobles raisons……..(mais ce sera l’objet d’un autre post)

    Pour les émotions, mémoire, obsessions, intellect, intuition, volonté et personnalité, c’est -géographiquement parlant- situé juste au dessus (voir les théories de Mac Lean sur les 3 cerveaux, notamment, ou encore l’histoire de Phinéas Gage! Cette dernière histoire, j’en ai récemment eu une nouvelle présentation clinique authentique au cours de mon exercice médical). Certaines structures prennent le dessus sur d’autres en terme de “pilotage”, mais l’organisation en réseaux qu’on lui connait actuellement (grâce aux travaux du neurochirurgien Français Hugues Duffau) est en faveur d’un partage des fonctions contextuel d’une culture, d’une éducation, d’un enseignement, et ainsi de suite, mais aussi dépendantes des pérégrinations de la vie (la “plasticité” cérébrale).

    Cette apparente complexité est pourtant le substrat anatomique des sentiments, mémoire, intelligence, intuition, personnalité, etc…. Que nous connaissons bien. Ou plutôt. Que nous négligeons. Question de sémantique. Je m’explique: La fameuse “depression” ou “nervous breakdown” (ce deuxième terme ayant déjà une sémantique plus adaptée) est une entité pour le moins nébuleuse et un terme fourre-tout. N’importe qui, pris dans la tourmente des aléas de la vie, peut totaliser un score positif dans les “échelles de dépression”(Hamilton ou autre). Autrement dit, tout être humain analysé à l’aune des “échelles scientifiques de depression” ou à celle du maudit DSM (désole pour mes collègues afficionados de cette parodie de livre) peut être catalogué comme un “depressif”. Ce qui engendre fatalement, au choix, ou tout en même temps, la prescription, le désir de prescrire, la justification de la prescription, le besoin d’être reconnu souffrant,…….. C’est une pirouette scientifique qui frise l’indécence. L’humain exprime des émotions. Sachons d’abord les reconnaitre et les nommer. “il est triste” devrait remplacer les bien trop faciles “il est depressif”. Il est “en colère” devrait remplacer les “il est hystérique”, et je vous invite à dresser une liste à l’image de ces deux exemples, vous serez étonnés de ce que la langue Française peut être riche en description des émotions humaines. Leur substituer des mots aussi inappropriés que morbides et suggestifs (comme “depression”) est un abus de langage, certes banal pour mon concierge, mais inacceptable pour le professionnel…….

    Laissons l’humain exprimer ses émotions et prenons le temps de les nommer. Au pays des Droits de l’Homme !
    L’être humain (ou l’animal) souffre: il a mal, il est triste, et alors l’hypothalamus, en lien avec les structures qui lui sont supérieures anatomiquement (mais pas forcément physiologiquement, question de point de vue !), mais responsable des fonctions instinctives (souvenez vous et relisez plus haut), va interagir avec l’ensemble du système pour …...adapter le système à la nouvelle (et parfois limite destructrice, comme peut l’être par exemple une guerre ou un génocide ou toute autre atrocité dans laquelle l’humain aime à performer) situation.

    Autrement dit: “depression” ou “adaptation” ? Essayons au moins d’y réflechir….

     

     

     

    sur les conclusions légitimes qu’on peut avancer

    La sérotonine, pas plus que n’importe quelle molécule, n’est le neurotransmetteur ou l’hormone (ou la molécule) du bonheur. Ce raccourci est une erreur. Et la recherche biomédicale d’une molécule “du bonheur” est une démarche plus que discutable sur le plan éthique !

    La sémantique de la psychiatrie est à réviser plus que sérieusement en cette période d’abus de psychotropes, qu’ils soient prescrits par des professionnels ou qu’ils fassent l’objet de trocs ou de mésusages dans le cadre d’addictions ou d’auto-médication.

    Les échelles, nomenclature, outils d’évaluation psychiatrique doivent être l’objet d’une critique permanente par les professionnels de la santé. Sinon, c’est la “camisole chimique” pour toute la population, et l’expérience de Milgram pourra être à nouveau répétée avec un taux de réussite bien supérieur à celui obtenu dans les années 60…….

     

     

     

    les questions qu’on doit se poser

    Qui a la responsabilité de l’expression des émotions humaines ?

    Pourquoi n’utilisons nous pas les mots adaptés à leur définition lorsqu’il s’agit de décrire les sentiments humains ?

    Pourquoi réfléchir sur une “molécule du bonheur”? Est ce éthique?

    Comment en est on arrivé à une négation des sentiments humains?

    Quelle est la prochaine abomination mondiale qu’on ne va pas voir se dérouler sous nos yeux, faute d’abrutissement psychotropique?

     

    Docoach

     

     

    Bibliographie

     

    David, D. J., & Gardier, A. M. (2016). Les bases de pharmacologie fondamentale du système sérotoninergique : application à la réponse antidépressive. L’Encéphale, 42(3), 255–263. https://doi.org/10.1016/j.encep.2016.03.012

    Even, P., Debré, B., & Hugnet, G. (2018). Dépressions Antidépresseurs Psychotropes et Drogues, Efficacité, Danger, Contre Indications. (L. Cherche-midi, Ed.).

    Lazarevic, V., Mantas, I., Flais, I., & Svenningsson, P. (2019). Fluoxetine Suppresses Glutamate- and GABA-Mediated Neurotransmission by Altering SNARE Complex. International Journal of Molecular Sciences, 20(17), 4247. https://doi.org/10.3390/ijms20174247

    Marcinkiewcz, C. A., Mazzone, C. M., D’Agostino, G., Halladay, L. R., Hardaway, J. A., DiBerto, J. F., … Kash, T. L. (2016). Serotonin engages an anxiety and fear-promoting circuit in the extended amygdala. Nature, 537(7618), 97–101. https://doi.org/10.1038/nature19318

     

     


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