• L’histoire de l’usage de drogues ou de produits hallucinogènes toxiques est aussi vieille que les montagnes…...

     

    Il semble que les sociétés tribales archaïques utilisaient les plantes hallucinogènes dans des buts préçis(Véléa, 2002)⁠. La communication avec le Divin. Et cette relation, provoquée par l’absorption de substances potentiellement mortelles, était réservée à une certaine partie de la population : les Shaman.

    Seuls les Shamans, par leur pratique, leur expérience, et sans doute la transmission "de Shaman à Shaman", pouvaient se targuer de faire un "trip", un voyage, au cours duquel ils communiqueraient avec l'au-delà, et en ramènerait un savoir nécessaire à l'objet de la demande motivant leur "trip". Demande le plus souvent formulée par le peuple, les "non-inités"...ou leurs dirigeants (qui consultaient les Oracles...ou les Devins....). La Datura Stramonium (une solanaceae, voire plus bas), par exemple, permettait ce "trip", ce voyage. Mais les doses étaient contrôlés , et les Shaman, sans aucun doute, avaient une hygiène spirituelle rejoignant les ascèses des pratiquants du Boudhisme ésotérique comme le Shugendo au Japon. (Guintard, 2018).

    Depuis lors, bien des millénaires ont passé. Il ne s’agit plus d’appartenir à une certaine classe de la population. Il ne s’agit plus de communiquer avec Dieu.

     

    En effet, l’histoire des addictions est moins prosaïque. Andrei Oisteanu, en 1993, fait une synthèse détaillée de l’évolution de l’utilisation de plantes hallucinogènes (chanvre, pavot, solanaceae) dans les régions de l’Europe de l’Est (Roumanie et Grêce) et d’Asie Mineure (Turquie).(Oisteanu, 1993)⁠

    Selon lui, elles accompagnent certains évènements de la vie (comme le décès), et entrent dans la composition de certaines formules médicinales (la Thériaque), ou encore délierait le cerveau et la langue des poètes.(Oisteanu, 1993)

    Les deux derniers siècles ont vu au moins trois types de molécules envahir la planète :

    -tout d’abord les amphétamines (fin XIXème) qui ont servit de support à l’Armée Nazie pour commettre leurs atrocités, puis aux Sportifs de compétition pour faciliter leur accès aux performances, pendant les 30 années qui ont suivit la deuxième guerre mondiale, …...jusqu’à nos jours.

    -Les dérivés de l’opium et du cannabis (fin XIXème jusqu’à nos jours), et l’offre de marché potentiel juteux que représente le cannabis face à l’actuelle « crise opioïde » : de plus en plus d’addictions aux dérivés morphiniques……Maroc, Amérique centrale, Mexique seraient les principaux producteurs officiels, mais la clandestinité de production deviendrait mondiale. Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas et Allemagne l’ont récemment dépénalisé.

    -les psychotropes (milieu du XXème siècle), initialement pour soigner les dégâts psychologiques provoquées par les guerres et génocides du XXème siècle, aujourd’hui prescrites de manière abusive….(Pr Philippe Even, 2018)

    Quant à l’alcool, il serait présent depuis au moins 5000 ans sur la planète et sa consommation est endémique. Le tabac, lui , serait plus récent (500 à 600 ans) en Europe, mais aussi vieux que les populations pré-colombiennes.(“Histoire de la culture du tabac — Wikipédia,” n.d.)

    Toutes les deux, malgré leur banalisation, peuvent, dans les faits, clairement être considérés comme des drogues au pouvoir addictif puissant. 20 ans d’exercice de la Médecine me l’ont confirmé…..⁠⁠

    Aujourd’hui, les drogues sont les valeurs marchandes d’un marché planétaire juteux.

    Nos sociétés semblent en avoir besoin constant, depuis les sommets des états politiques, jusqu’aux « cités » et/ou « bidonvilles » des classes « défavorisées », en passant par les réseaux de l’emploi où la compétitivité est désormais un modèle d’émulation socio-professionnel, les ambiances morbides scolaires où régnaient hier timidité ou introversion ; aujourd’hui racket et intimidation, voire clairement cruauté et sadisme, sans oublier la culture machiste de l’alcool aussi vieille que l’humanité ou encore le monde du sport dont l’idéal « l’important est de participer » est désormais piétiné par le rendement du « tout, tout de suite , et sans effort »……..

    Il n’est guère plus de secteur où le dopant ne soit nécessaire pour lutter…….. ou pour oublier ! Dans les deux cas, pour survivre. L’individu en a autant besoin que nos sociétés.

    Et du dopage à la toxicomanie, il n’y a souvent qu’un pas, parfois un très subtil mouvement……

    L’addiction est sans doute culturelle autant qu’économique, individuelle et planétaire.

    Elle fait désormais partie des échanges mondiaux:tous les continents sont touchés, depuis l’Amérique du Sud (Mexique, Colombie), l’Orient (croissant d’or : Afghanistan, Iran, Pakistan, et triangle d’or :Birmanie, Laos, Thaïlande, Vietnam), et plus près de chez nous la Turquie et l’Italie.

    Elle dépasse aujourd’hui le cadre « simpliste » de la culture, pour s’intégrer dans une forme de criminalité mondiale, dans lequel l’Humain et les sociétés sont les cibles commerciales des Maîtres de la « dope », lorsque l’Humain lui même ne fait pas l’objet d’un commerce. Mais je sort ici du cadre strict des addictions.

    La demande est forte.

    L’offre suit……… Et le "bad trip", le mauvais voyage, devient planétaire, pour avoir eu la vanité de croire que n'importe qui, y compris nous mêmes, aujourd'hui, avions les compétences et/ou les ressources, l'entraînement, le conditionnement du shaman.....

    Dans ce domaine, le manque de connaissances -et de pratique sérieuse- se paye cher......


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