• Balade dans les mémoires d'un vieil interne......(suite)

     

     

    3 heures du matin, de garde dans un hôpital de périphérie, le téléphone sonne alors que je me suis couché depuis simplement une heure, après avoir fait le tours des urgences des différents services.

    "Mr X a  une douleur dans la poitrine, faut "ktu le vois".......scandé sur un ton laconique, presque indifférent, d'une infirmière d'un service de psychiatrie.

    J'arrive sur place un peu à la manière d'un Columbo, lieutenant de Police, tout déguenillé, en espérant trouvé un petit peu de café pour me réveiller et gèrer au mieux une urgence potentiellement vitale.

    J'arrive sur les lieux et un spectacle ahurissant-pour le rigoureux interne que je suis (hop, une petite "auto-fleur" de lancée)-me sidère littéralement.

    Le patient est allongé tranquillement et on lui fait une perfusion intra veineuse. Il s'agit d'une perfusion d'ANAFRANYL, un antidépresseur tricyclique à la toxicité cardiaque bien connue. Faut croire qu'il n'y a que moi qui la connait, cette toxicité.

    Le reste du staff est en train de discuter autour d'une partie de poker ou autre tarots, et c'est par mon interrogatoire que j'apprends qu'il s'agit d'ANAFRANYL qui passe en intra veineux, alors même que le patient a mal à la poitrine, et alors même qu'il n'est ni scopé, ni qu'aucun électrocardiogramme d'est en train de surveiller l'activité électrique du coeur.

    Je clampe la perfusion immédiatement.

    Rouspetaille du personnel "psy" (on se demande qui sont les fous dans ces structures à certains moments). "Non mais ça va pas, on nous a dit de lui faire une perfusion toutes les 8 heures, c'est un grand dépressif, et bla bla bla.....". A-HU-RI-SSANT!!!

    J'explique calmement (bien que la colère gronde on fond de moi) qu'une perfusion d'ANAFRANYL, à ma connaissance, ne se fait que la journée, avec un médecin à côté, et surtout une surveillance de la fonction cardiaque. 

    "ouais mais ça fait des années qu'on fait comme ça, nous ici!" me rétorque le personnel. "et puis d'abord, on n'a jamais eu d'appareil à électrocardiogramme" complète-t-il...... Le comble de l'horreur. "vol au dessus d'un nid de coucou" n'est RIEN face à la réalité.

    L'arrêt de la perfusion s'accompagne d'un soulagement des douleurs immédiats. Je n'ai que mon sthétoscope et mon sens clinique pour apprécier l'état cardiaque du patient. je complète par une prise de sang, que je ferai moi même avec l'aide d'une infirmière débutante qui ne fait pas partie du staff habituel. On n'aura les résultats que le lendemain. Le médecin régulateur du SAMU que je contacte au téléphone est aussi dépassé que moi. Plus encore, car il n'a personne à me proposer pour venir sur place. Prendre une ambulance, de nuit, est un risque aussi important, voire pire, que de laisser le patient sur place. Je trempe ma blouse d'interne de sueur par mes multiples reflexions. Il s'agit de la vie d'un mec, putain, que je dois récupérer là. Et jeune, qui plus est!

    Je prends l'option la moins pire, face à un personnel complètement indifférent à la situation. Pour lui, "il n'u a aucun risque, ça fait des années qu'on fait comme ça". J'ai presque envie de leur dire: "dans ce cas, pourquoi m'appelez vous?", mais depuis que je suis dans cet hôpital je connais trop bien la réponse : "c'est vous le médecin, pas nous".

    Bref, l'histoire se termine bien, car le patient, grâce à mon simple geste de clampage de la perfusion, ne récidivera pas dans la nuit.

    Au matin, je n'aurai pas dormi de la nuit, attendant la prise de sang qui témoignera d'une négativité des tests à visée cardiaque. On est passé pas loin d'un iatrogénèse évidente.

    Je m'en explique aux "séniors" et responsables du service le lendemain et les jours qui suivent.

    "ben oui, mais tu comprends, on n'a pas de budget pour monitorer tous les patients auxquels on fait des perfusion d'Anafranyl, " et puis, "ça fait des années qu'on fait comme ça, il n'y a jamais eu de problème".etc.......

    C'était ça aussi la réalité du service "public" de santé psy.

    C'était ça aussi le boulot ingrat de l'interne de garde.

    Mais tout le monde s'en fout.

     

    Docoach

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