• De la formation des étudiants en médecine.....

     

    Mes collègues, jeunes et moins jeunes, ont une formation pour la médecine Hospitalière avec un grand "H".

    Des professionnels pour poser un cathéter central, une sonde urinaire, gèrer l'infarctus, l'oedème aigu pulmonaire, la rétention d'urine aigûe, ou encore la bouffée délirante aigûe.....Ce qui reste d'ailleurs assez incroyable compte tenu du parcours qui les précède!

    A vrai dire, lorsque tu es externe, on te fait compenser le manque de moyens humains des hôpitaux: pas assez de brancardiers, donc, tu brancardes.  Pas assez de secrétaires, donc tu classes les examens biologiques dans les dossiers médicaux. Pas assez d'infirmier(ères), aides soignants(tes), donc tu fait les prises des sang, tu aide aux toilettes, tu installes les perfusions.......

    Alors tu attends souvent, lors des premiers mois (parceque après quelques mois tu as compris qu'il n'y a plus grand chose à attendre....), la visite du "patron" auprès des patients. Tu te dis "chouette, là je vais enfin apprendre quelque chose!".......Douce naïveté de l'innocente jeunesse..........Car, hélas,le plus souvent, c'est en fait surtout un moment idéal pour le patron de te faire comprendre que tu ne sais rien spontanément de ce qu'il sait, lui, déjà, après ses dizaines d'années d'expérience. En fait, tu es là pour apprendre, alors ça te fait quand même curieux de te sentir humilié à chaque question du patron du style "qu'est ce que tu évoques devant ce tableau ?" Tableau que tu n'as jamais vu ailleurs que dans tes bouquins, ou alors, pour les plus pugnaces d'entre nous, au cours de ton externat, lorsque tu échappes à la compensation du manque régulier et croissant de moyens humains en soin...... Je décris là ce qui se passe "le plus souvent". Il faut bien préçiser que tous les médecins-chefs hospitaliers ne sont pas comme ça. J'ai eu la chance de tomber (comble d'ironie aujourd'hui) sur un chef de service qui était neuro-psychiatre, qui avait une connaissance poussée de la semiologie. Les première hépatomégalies, c'est lui qui me les as fait palper!

    Mais cela n'est pas la généralité, loin de là....

    En fait, on te fait vite comprendre que tu n'est bon qu'à ranger les résultats des examens dans les dossiers médicaux, et qu'un médecin, un "vrai" médecin, c'est un médecin hospitalier qui sait tout, méprise l'humain malade, mais est passionné par la maladie......et son pouvoir sur l'administration hospitalière (à moins que ce ne soit le contraire) et toute la piétaille technique......

    Bref, arrive le 31 décembre de ton externat. Si tu n'es pas passé au moins une fois dans un service d'urgence, tu n'as guère eu la possibilité de savoir à quoi ça ressemble de prendre des déçisions médicales......

    Demain, premier janvier, tu seras interne, et tu ne connais toujours pas en quoi va consister ton "dépucelage"........Un mois avant, lors des choix préliminaires des services dans lesquels tu souhaites passer ton prochain semestre, tu as bien compris que remplir les QCM au mieux avait surtout pour but de t'épargner les services médicaux les plus difficiles, mais aussi les plus formateurs ! 

    Mais formateurs en quoi, au fait ?

    C'est là qu'il faut être attentif: en très peu de temps-en fait du jour au lendemain pour être préçis-, il va falloir que tu soit autonome pour gèrer une acidocétose diabétique, une fracture déplacée du tibia, un accident transfusionnel, une grossesse extra utérine, une invagination intestinale aîgue, et tutti quanti ! Et là, mon pote, tu serres les fesses, tu trempes ta chemise, et tu oses: tu oses prendre des déçisions vitales tout seul, pour la simple raison que....tu es tout seul dans un Hôpital soumis à une tarification à l'acte et des restrictions budgétaires issues tout droit du Ministère de la Santé Et de l'Economie! 

    Mais au delà de cette solitude, qui génère angoisse mais réelles compétences, il y a des vies sauvées, et c'est bien un aboutissement pour lequel tu es fier.

    ok.

    Alors ?

    Où es le problème?

    Le problème c'est que la médecine, en ville, c'est tout SAUF ça! Toutes les compétences que tu as acquises à la sueur de ton front et de ton c.l, ne vont te servir qu'à assurer 1 à 2 % de ton activité professionnelle, -et encore!-sans les moyens techniques qui vont avec......

    En ville, la médecine, c'est:

    -gèrer les toxicomanes qui écument les cabinets et pharmacies, pour trouver soit des produits de substitution pour se sevrer (3% des toxicomanes), soit pour en tirer profit en contrebande (les 97% qui restent)......

    -gèrer la iatrogénie de l'Hôpital : comme prévenir les conséquences sur la santé d'une corticothérapie chronique mis en place pour soigner une maladie immunitaire pour laquelle les "Grands Professeurs" des Hôpitaux avouent eux même n'avoir rien compris......

    -gèrer l'évolution d'une société morbide: comme désarmer un policier suicidaire (et qu'on comprend bien!). Prévoir une hospitalisation sous contrainte d'un jeune ado qui a abusé de coke ou de meuh et qui délire sur le mode paranoïde (faut dire que c'est devenu tellement plus facile de trouver de la Kétamine dans la rue plutôt qu'en réanimation hospitalière......).....

    -gèrer les fermetures des services hospitaliers chaque été: autrement dit, par exemple, comment gèrer un malade atteint d'hémiplégie sans lit, sans kinésithérapeute, sans infirmiers ni aide soignants, le tout, à domicile ou à l'asile de nuit (authentique).......

    -gèrer le dépistage de masse de la première  des deux principales causes de morbi mortalité après 50ans .: le cancer .....et l'angoisse que cela représente!.....

    -gèrer le dépistage de masse de la deuxième des deux principales causes morbi mortalité avant et après 50 ans: le vasculaire: obésité, hypertension, et tutti quanti.....en oubliant que sans une société sédentaire, angoissante, et à l'alimentation par culture et élevage intensif et chimique, on n'en serait pas là.......

    -vacciner à tour de bras contre le choléra, le furoncle du trou du c.l, le polype de l'utérus, la démence précoce, le virus de la grippe porcine, aviaire, canine, la couche d'ozone, un café, l'addition.......

    -gèrer tous les accidents de la vie par les psychotropes ou les "cellules psychologiques" du centre médico psychologique dans lesquels tu ne sais plus qui est le plus malade, du soignant ou du soigné....

    -gèrer les conflits conjugaux sans servir d'arbitre.....

    -gèrer l'angoisse générée chez les patients par les médias ou les concierges qui véhiculent idées fausses ou autres information anxiogène dans un but de popularité plutôt que d'information....

    -gèrer la négociation pour les certificats en tout genre: de la "simple" non contre indication à la pratique d'un sport de plus en plus dangereux (faut dire qu'avec des films comme star wars 8, les jeunes vont commencer à croire qu'il sont réellement des super héros....) aux certificats de coup et blessures et autres joyeuseries de nos sociétés "civilisées"......

    -gérer la paperasse! Ah, alors là c'est un gros morceau, comme dirait mon boucher! Dans ce domaine, il faudrait rédiger un post à lui tout seul, tellement il y en a. C'est donc ce que je ferai dans un prochain billet, promis.

    -gérer l'informatique et la fameuse "télétransmission"! ah la misère des ces PC qui fonctionnent une fois sur deux, de ces connexion à la CPAM qui fonctionnent quand ça leur chante. Et plus question de pouvoir , même pour un professionnel de santé, joindre-comme par le passé- une personne physique au téléphone pour essayer de comprendre le dossier administratif d'un patient. Désormais, vive les boîtes vocales avec les "tapez un pour ceci, tapez deux pour cela, etc".....

    -gérer la iatrogènie de l'allopathie tout azimut! que ce soit la sienne propre ou celle de l'Hopital ou des collègues.

     - et, au milieu de tout ce maëlstrom de tâches pour lesquelles aucun étudiant en Médecine n'a été formé, il faut bien entendu gérer l'urgence grave ! ça tu sais faire, même si tu ne dispose plus des moyens techniques hospitaliers (faut dire aussi que la location d'une bouteille à oxygène qui sert tous les 5 ans, n'est pas prise en charge par la sécu, et que sa validité s'achève lorsqu'arrive le jour où elle serait utile..). Bref, ce dernier point explique pourquoi tant d'étudiants en fin de cursus choisissent soit les urgences, soit l'anesthésie réanimation, soit le samu tout court ou social, soit encore la médecine du sport, ou la réeducation. 

    En fait, le métier du médecin a été complètement dévoyée par l'évolution d'une société profondément malade, un Ministère de la santé et de l'Economie en probable collusion permanente avec les lobbies médicamenteux, une convention médicale désormais "gagneuse" des deux précédents.......

    Cette crise sanitaire, réelle mais qu'on vous cache clairement avec des sidcoms aussi débiles que "plus belle la vie", des star wars aussi fumeux que le numéro 8, un terrorisme permanent qui tombe à pic pour vous éloigner du marasme dans lequel sombre le pays, profite certainement à toute l'économie souterraine et parfois-souvent-charlatanesque des gourous en tout poil du "bio et naturel" au sens large, des psycho-pipologues, des demi-dieux aux suffixes "-pathe" en tout genre.....

    Bref, mes chers jeunes collègues qui étudiez en tant qu'externe, ou actuellement en tant qu'interne, voilà ce qui vous attend une fois que vous quitterez l'Hôpital en tant que soignant, pour finalement y revenir en tant que patient pour burn out-ou pire- si vous n'ouvrez pas les yeux sur la triste réalité de votre(notre) profession........

     Delenda Carthago

     

    Docoach

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    POV'JULIETTE
    Lundi 25 Décembre 2017 à 20:41

    Morituri te salutant

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